Jour 40

Le poème a popé
Hop le stylo la feuille et la fenêtre
Avec le temps j‘ai appris à le reconnaître
Et sais qu’il s’oublie plus vite qu’il n’apparaît
Sur le rebord du vieil immeuble
Accompagnée de corbeaux et de pie
Du soir délicat et de l’air purifié
Au feu les éloges académiques les publications stratégiques les
légions de cartons
Dans mes nerfs cette envie de hurler que nos tendresses mêmes
ratées ou du moins maladroites sont ces clés qui nous permettent
de tenir si fort les mailles de nos possibles de nos sensibles de nos
fragilités sans honte sans efficacité sans production debout la
beauté
Et puis ça siffle dans l’air ça boom et autotune aussi
Y a une merco sur le parking d’en face
Avec quatre mecs peut-être cinq
Qui s’enfilent d’immenses ballons
Comme ceux des enfants
Aux couleurs vives et dont le bruit d’air perfore la rue
Je comprends rien à ce qu’ils font
Et probablement que s’ils me voyaient
Avec mon bloc mon rouge en culotte sur ce simulacre de balcon
Ils ne comprendraient pas non plus
Pendant ce temps filent sur la route
Deux voitures qui vont beaucoup trop vite
J’aperçois un gilet matelassé avec marqué police
C’est vendredi
Ça bouge dans le quartier
Et le poème n’est pas prêt d’être fini
Au contraire j’ai renversé tout mon verre sur le parquet

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Tenter le décrassage de la peur
Respirer le vide
Danser la contrainte
S’élargir
Se faire mousse expansive de ses failles
Grandir jusqu’à l’orgasme
Et son écho
Ne rien laisser d’amour
Le doute germe en jonquilles
Et se réfugie dans les bogues des nuits raccourcies

Mon courage a fondu
Dans mes premiers cheveux blancs
L’élan tari l’échec brûlant
Pousses de dépression
Saison confinement

Fev.2020:
M’absenter du monde
Le temps
D’y revenir
Avr.2020:
Ou pas

Laura Lutard, 25 avril 2020