Jour 29

L’excuse
poème à casser les vitres (du confinement)

Le premier s’excuse d’avoir dit le 7 le contraire de ce qu’il a décidé le 12
Le deuxième s’excuse d’avoir confondu dehors et dedans
Le troisième s’excuse d’avoir foiré
La quatrième s’excuse d’avoir menti
(Le préfet Lallement s’excuse d’avoir été aussi brutal)

Le cinquième s’excuse d’avoir nié les violences
D’avoir permis de crever des yeux
D’avoir laissé trancher des mains
(Le préfet Lallement s’excuse d’avoir été aussi brutal)

Ursula von der Leyen s’excuse auprès de l’Italie
Trump s’excuse d’avoir pris Corona V pour une fleur de pissenlit
Boris Johnson s’excuse de lui avoir fait un doigt
Bolsonaro s’excuse de lui avoir fait un bras
(Le préfet Lallement s’excuse d’avoir été aussi brutal)

Le gouverneur du Hubei s’excuse de n’avoir rien vu
Xi Jinping s’excuse d’avoir réagi trop tard
Le docteur Li Wenliang s’excuse d’avoir eu raison trop tôt

Erdogan s’excuse de vouloir se succéder
Orban s’excuse de vouloir tout régenter
Bouteflika s’excuse de vouloir se momifier
Poutine s’excuse de trop aimer son peuple
Bachar s’excuse de ne pas l’aimer assez
Mugabé s’excuse
Kabila s’excuse
Hissene Habre s’excuse
Maduro s’excuse
Rodrigo Duterte s’excuse

Hitler s’excuse
Franco s’excuse
Staline s’excuse
Mao s’excuse
Pol Pot s’excuse
Pinochet s’excuse
Amin Dada s’excuse
Les tyrans s’excusent
Les salauds s’excusent
La mafia s’excuse
Les voleurs s’excusent
Les violeurs s’excusent
Et s’en lavent les mains

La peste s’excuse
Le choléra s’excuse
La tuberculose s’excuse
La lèpre s’excuse
La variole s’excuse
La grippe espagnole s’excuse
Le sida s’excuse
Ebola s’excuse
Corona s’excuse
La bombe A s’excuse
Les guerres s’excusent
La famine s’excuse
Le Roi Pétrole s’excuse
Le Capital et le Dieu Fric s’excusent
(Le préfet Lallement s’excuse d’être toujours aussi brutal)

Et maintenant les voilà tous
Les fringants comme les fatigués
Les perclus comme les premiers de cordée
Les gros pleins de sous comme les secs pleins de tics
Conduits par St Pierre devant le Super Flic
Agenouillés prostrés mains jointes et bouches cousues
Yeux grands ouverts
Ils voient

Par le trou dans l’ozone
Ils voient les prisons ils voient les charniers
Ils voient les camps de réfugiés
Ils voient la pyramide des martyrs
Ils voient les animaux crevés
Ils voient la planète incendiée
Ils voient la banquise et les glaciers fondus
Les rivages submergés et les villes englouties
Ils voient les fleuves et les lacs asséchés
Ils voient les plaines fertiles devenues déserts
Et les déserts balayés de grands vents
Tantôt glacés tantôt brûlants

Et puis c’est tout
Car ils ont fermé les yeux et ne voient plus rien
Et comme ils se bouchent les oreilles ils n’entendent pas la sentence
L’Enfer

L’Enfer

Alors ils redescendent
Sur terre
Un à un tête basse
Pour s’excuser
Encore une fois
La dernière
La plus humble
La plus misérable
Car pour les excuser
Il ne reste plus rien
Il n’y a plus personne

Raymond Penblanc, 14 avril 2020