Jour 34

On mâche des feuilles vierges pour que repousse le
feuillage à l’intérieur pas de pensées à la place des têtes
de pissenlits défilent comme des moutons on ouvre
grand la bouche et on tire la langue pour lécher le
soleil.

*

Le matin coule sur l’après-midi le soir on anticipe la
brûlure la nuit nous prend la main les mots remontent
dans la bouche on salive comme des loups.

*

Au fil des jours sur le ventre la carte du monde s’efface
ne reste que le nombril trou de mémoire au fond la
brume transporte des phrases à grande vitesse qu’on n’a
pas le temps de résumer.

*
On joue sans score sans pions sans partie sans perdants
ni gagnants on joue à rien en connexion avec tout.

*
Dehors ça perce ça ponce ça tronçonne ça continue de
faire on se pince les cuisses pour constater la peau
d’orange on trouvera quelques écailles à rajouter pour
justifier de lézarder.

*
On fait des brouillons de situations des changements
d’intonation on danse les yeux au ciel en point de mire
un puits la lune au fond avec le même corps que nous.

*
Mise à jour de la géographie intérieure on gomme le
dénivelé entre la tête et le cœur personne ne tremble les
faux désirs restent dehors on entend les machines qui
nettoient les rues.

*

Nos mains parcourent l’espace redistribuent l’énergie à
gauche à droite les secondes durent on attend la sortie
du coucou c’est prévu pour lundi.

Florentine Rey, 19 avril 2020