Première amphionie parisienne

Deuxième station : «Café Crème», rue Dupetit-Thouars

Sur la place où s’alignent
Les deux-roues entre deux rangées d’arbres
Et devant les halles grises du Carreau du temple,
La terrasse du Café Crème est visitée par le soleil ; « autant privilégier les trucs sympas », lâche un type à la table à côté en mâchant son croûton.
« Carrément », confirme, la cigarette au bec, son voisin.
Le bistrot fait un angle et figure d’oasis dans Paris surchargé.
Les pigeons y picorent presque paisiblement les miettes envolées des assiettes
Et les passants qui passent adoptent un rythme lent qui convient aux vacances.
Inexorablement, armé d’un balai vert, un employé de la propreté municipale pousse devant lui, sur un tempo de rameur, les feuilles qui – déjà – ont commencé de tomber.

Qui a les lunettes a le soleil
Dans la gueule
Comme gueule
La blueswoman dans la radio
La terrasse chauffée à blanc
Par le soleil éblouissant
Comme les verres derrière le bar
Alignés se reflètent dans un miroir
Et les tables rondes bordées de dorures

La serveuse désœuvrée de noir
Vêtue attend
dans la rue se promène
Entre les tables
Un franc sourire rapparaissant
À l’approche du nouveau client

La salle est vide aux bruits cliquetant
Des couverts et des verres

La serveuse sourit d’un sourire triste
Mélancolique et quasi douloureux