Un mois de journal sous la forme de poèmes

Poussé par l’envie de me frotter à deux expérimentations : tenir mon journal et écrire un poème par jour, durant quatre semaines j’ai tenu mon journal en écrivant un poème tous les jours. J’ai tenté (et parfois échoué) de ne m’attacher qu’à des événements anecdotiques de mes journées.

Pour cela j’ai employé deux formes : un sizain d’hexasyllabes pour la première quinzaine, un septain dont le premier vers est en italien et dont le dernier en est l’écho en français pour la deuxième.


Poème du 27 juillet 2020

Je lis dans tes pensées
chat que t’as chaud tes poils
sont noirs et trop épais
le soleil qui s’y pose
te cuit mais c’est trop bon

(t’es vraiment un drogué)


Poème du 28 juillet 2020

Je lis dans tes pensées
chat que tu crois que c’est
chez toi cet endroit-là
et pour cela t’y pisses
un peu tous les matins
mais c’est mon paillasson

(merde)


Poème du 29 juillet 2020

Je lis dans tes pensées
mec que t’as de la cul
pabilité mal pla
cée je te dis que tout
va bien c’est bon c’était
rien que ma dignité

(j’en rachèterai une)


Poème du 30 juillet 2020

Je lis dans tes pensées
fourmi que tu ne com
prends pas pourquoi ton u
nivers tout à coup choit
ton sol est soulevé

(mais c’était mon carnet)


Poème du 31 juillet 2020

Je lis dans tes pensées
A. que t’as mal un peu 
au cœur de me laisser
tout seul pour ce wikène
mais promis TVB 

(je vais passer l’aspi)


Poème du 1er août 2020

Je lis dans ton immo
bilité puceron
noir que t’as peu goûté 
la saucée de savon 
noir tombée sur la gly
cine où tu fais ton miel

(pardon)


Poème du 2 août 2020

Je lis dans tes fumées
thé que t’es content d’a 
voir voyagé du Ja
pon à Paris tu vou 
lais peut-être aller vi 
siter mais je te bois

(déso)


Poème du 3 août 2020

Je lis dans ton impa 
tience à jaillir et à 
baptiser mes voisins
de train eau d’Ardèche en
richie au gaz que t’as 
été bien trop secouée 

(c’est gênant)


Poème du 4 août 2020

Je lis dans tes pensées 
qu’un demi a suffi
mec à nous échauffer
au bar des Tilleuls où
un cabot aboyait 

(tu te souviens ?)

sous le soleil de Lille


Poème du 5 août 2020

A mes pensées je vois
que j’ai encore un peu
de boulot avant de 
vaincre enfin des phobies

(cela en cheminant 
dans la rue Jean-sans-peur)


Poème du 6 août 2020

Perdus dans nos pensées
les yeux las vers nos tels 
le cul sis sur nos sièges
le nez pris sous nos masques
dans le train pour Dijon*  
est un carnaval triste

(* le Paris-Zurich de 18h20)


Poème du 7 août 2020

Chez Arsène (à Gronet)
je lis dans le vol des
oiseaux la couleur bleue
des baies l’eau de la Seine
et le Dedans des choses
de Patrick Autréaux 


Poème du 8 août 2020

Je ris de mes pensées
(mon désir de Walden
et mon besoin de foule
l’envie d’être à la fois
exalté par les livres
et de beaux chevriers)


Poème du 9 août 2020

Alors voici la Seine
la vraie puisqu’à Paris
c’est l’Yonne encore un mythe
qui coule

(cela va-t-il 
«changer la vie là-bas ?»
dit notre ami Arsène)


Poème du 10 août 2020

Notti calde a Parigi
– bon titre de roman porno
mais c’est la canicule
qui nous fait transpirer
tandis qu’un connard de moustique
nous harcèle – tu parles de
nuits chaudes


Poème du 11 août 2020

Mi mancava la mia bici
me dis-je en filant dans le vent 
une averse même a laissé
des flaques pour que je les traverse 
en faisant des tsunamis mais
c’est pour retourner au bureau
ce qui me manquait moins


Poème du 12 août 2020

Aspettiamo il temporale
qui nous délivrera du mal-
dormir et du peu-respirer
des suées des fourmis volantes 
de nos humeurs la météo 
disait que c’était pour l’aprème 
nous attendons toujours


Poème du 13 août  2020

Ci sono vespe quest’anno 
une bonne nouvelle sans doute
sauf pour celle qui est tombée
dans ma bière et se noie 
malgré mes opérations de sauvetage
j’aurais bien bu ma bière
mais c’est une année à guêpes


Poème du 14 août 2020

Tra il 13 e il 15 c’è il 14
normal – jour de la saint Evrard
prévôt de la cath’ de Strasb’ 
ermite en Suisse et nom de mon oncle
pas de travail sieste resto 
lessive envoi de manuscrits
entre le 13 et le 15 août 


Poème du 15 août 2020

Stiamo leggendo libri sull’erba
et nous nous demandons
pourquoi Lancelot a-t-il eu honte
que n’a donc pas écrit
Hugo Vernier les amoureux
de Sophie Martin ont-ils
lu son livre


Poème du 16 août 2020

È femminista eppure scopa
dit F. qui ne voit pas que c’est
l’inverse ou du moins n’est pas
tellement incompatible au-
dessus de nous baille un panda
roux de la Ménagerie
qui ne doit pas souvent baiser


Poème du 17 août 2020

La sento ma non la vedo
la perruche du grand arbre
dont le cui exotique
vert et brillant comme elle
est associé à Montsouris
pour nous et même aux RER
que nous entendons là


Poème du 18 août 2020

La giornata inizia a Rouen
au moins dans les oreilles car
à la radio ça cause de Jeanne
d’Arc je revois la ville où j’ai
été si solitaire malheurs
anglo-normands dont je me souviens
toute la journée 


Poème du 19 août 2020

Attraversare Parigi
è tanto facile
me dis-je filant véloce 
du nord au sud et sifflotant 
l’air qui cause d’une nuit plus douce 
que le jour
c’est le cas ce soir 
à travers Paris


Poème du 20 août 2020

Grida di cavalli
du cirque glissement
régulier du tram scie
de chantier type lisant
le Coran à voix haute rouge-
gorge qui s’envolant
lâche son cri


Poème du 21 août 2020

Non è successo niente 
oggi à part l’habituel
déroulement des choses
lever coucher et au milieu
repas travail et apéro
comme dirait Louis XVI
Rien 


Poème du 22 août 2020

Alors ce poème à l’évier ?
demande Alex qui en sourit déjà
mais que dire sur le manie
ment de la scie sauteuse et 
de l’installation de la chose 
sinon qu’on est ravis
del nuovo lavello


Poème du 23 août 2020

Un’ala di piccione
mais sans pigeon au bout
gît grise et navrante un peu
signe de je ne sais quoi
qu’on ne peut pas s’élever ou
juste qu’un camion s’est pris
un oiseau


Guillaume Marie, juillet-août 2020